L'exposome : comment notre environnement influence notre santé
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Sommaire
Un concept né de l'épidémiologie
Ce que l'exposome recouvre : trois composantes
Les expositions du quotidien : des exemples concrets
Ce que les études observent
Des leviers à portée individuelle et collective
À RETENIR
Questions fréquentes
Nos gènes ne racontent qu'une partie de l'histoire. L'autre partie se joue dans l'air que respire le corps, l'eau qu'il boit, les aliments qui le nourrissent, le bruit qui l'entoure, la lumière qui règle ses jours, le stress qui pèse sur lui et les conditions dans lesquelles il vit. Cette part de l'histoire a un nom : l'exposome.
Le terme est apparu dans les années 2000 en épidémiologie, la discipline qui étudie la répartition des maladies dans les populations. Il désigne l'ensemble des expositions environnementales qu'une personne vit tout au long de son existence, depuis sa conception. Le mot est récent ; la réalité qu'il décrit est aussi vieille que la vie.
Cet article propose de comprendre d'où vient ce concept et ce qu'il recouvre, d'observer les expositions du quotidien, puis d'examiner ce que les études montrent, sans leur faire dire plus qu'elles ne disent. Il se termine par les leviers qui existent, à portée individuelle comme collective.
Un concept né de l'épidémiologie
Le mot « exposome » est proposé en 2005 par Christopher P. Wild, épidémiologiste du cancer, dans une revue scientifique de référence. Son constat tient en une question : la génétique progresse vite, mais la mesure de l'environnement reste éclatée entre l'air ici, l'alimentation là, une exposition professionnelle ailleurs. Il manque une notion qui englobe tout cela, comme le génome englobe l'information génétique. Wild propose donc un pendant environnemental au génome.
L'Inserm le présente ainsi : l'ensemble des expositions environnementales d'une personne tout au long de sa vie, depuis sa conception. La liste est large. Alimentation, air, rayonnements, comportements, environnement sonore, environnement psychoaffectif et cadre socioéconomique en font partie. Les définitions scientifiques récentes y ajoutent les réponses biologiques de l'organisme, car une exposition ne se limite pas à ce qui vient de l'extérieur : elle inclut aussi la manière dont le corps réagit (Vermeulen et coll., 2020).
Le génome, lui, n'en fait pas partie. C'est une distinction essentielle : l'exposome complète l'étude des gènes, il ne la remplace pas et ne s'y confond pas. Les deux s'articulent. Un même facteur environnemental n'a pas le même effet selon les personnes ; cette interaction gènes-environnement décrit la façon dont les deux s'emboîtent, pas une appartenance du génome à l'exposome.
Deux autres idées structurent le concept. D'abord, le moment compte : l'impact d'une exposition dépend de la période de la vie, de la grossesse à l'âge adulte, et de sa durée, qu'elle soit ponctuelle, répétée ou chronique. Certaines fenêtres, comme la période prénatale ou la petite enfance, retiennent particulièrement l'attention des scientifiques (Gong et Zaninotto, 2025). Ensuite, tout n'est pas mesurable : un exposome complet reste loin d'être décrit, les mesures changent avec le temps et des erreurs peuvent sous-estimer des effets. Le CNRS qualifie le concept d'encore en construction. C'est honnête de le dire.
Ce que l'exposome recouvre : trois composantes
Pour s'y repérer, la recherche distingue trois composantes, selon une classification issue des travaux de Wild et rapportée par le CNRS.
La première est l'exposome externe général : le cadre de vie au sens large. Conditions de logement, quartier, revenus, environnement social. Tout ce qui forme le décor d'une existence et que personne ne choisit entièrement.
La deuxième est l'exposome externe spécifique : les expositions que l'on peut nommer une par une. Polluants chimiques, rayonnements, agents infectieux, substances rencontrées au travail, mode de vie, alimentation, tabac. C'est le niveau auquel on pense spontanément quand on entend « environnement et santé ».
La troisième est l'exposome interne : les réponses de l'organisme lui-même. Hormones, marqueurs de stress inflammatoire, métabolites. Cette composante rappelle que l'exposition ne s'arrête pas au contact : ce qui compte aussi, c'est ce que le corps en fait.
Cette grille a une vertu pédagogique : elle empêche deux réductions fréquentes. Réduire l'exposome aux seuls polluants chimiques, alors que le bruit, la lumière, le stress ou les conditions sociales en font partie. Et réduire l'environnement à un décor, alors qu'il traverse le corps et participe à ses réactions internes.
Les approches récentes ajoutent une dimension de parcours de vie : les expositions se succèdent, s'accumulent et se combinent depuis la conception, et elles sont traversées par les inégalités sociales (Vineis et Barouki, 2022). La position sociale conditionne en partie l'exposition elle-même : là où l'on vit, l'air que l'on respire, le bruit que l'on subit, la qualité de ce que l'on mange.
Les expositions du quotidien : des exemples concrets
Quatre grandes familles décrivent ce qui compose un exposome.
Les expositions chimiques sont les plus étudiées : air extérieur et air intérieur, eau, alimentation, médicaments, produits d'hygiène. À la maison, l'air intérieur concentre des sources que l'on tient rarement pour des expositions : fumée de tabac, bougies et encens, sprays désodorisants, produits d'entretien et de bricolage. Certains perturbateurs endocriniens figurent parmi les familles de substances suivies par la recherche et les agences sanitaires.
Les expositions physiques ne passent pas par une molécule : bruit, lumière, chaleur, températures intérieures, rayonnements. La lumière naturelle agit sur les rythmes biologiques ; le bruit des transports fait l'objet de lignes directrices de l'OMS pour la région européenne.
Les expositions biologiques couvrent les agents infectieux, les moisissures liées à l'humidité des logements et les micro-organismes qui peuplent l'organisme, dont le microbiote.
Les expositions sociales et psychosociales, enfin : stress, environnement psychoaffectif, conditions de vie, revenus. Elles ne sont pas un ornement des trois précédentes. Les scientifiques les mesurent et les intègrent aux modèles, au même titre que les autres.
Une question traverse ces familles : que se passe-t-il quand les expositions se combinent ? L'Inserm et le CNRS soulignent que certains facteurs agissent en synergie quand d'autres se compensent. Des travaux ont notamment associé l’exposition prénatale à un mélange de huit substances à un retard de langage chez de jeunes enfants, puis exploré des mécanismes sur des modèles cellulaires et animaux (Caporale et coll., 2022). L’association observée chez l’humain et les résultats expérimentaux apportent des informations complémentaires ; ils ne démontrent pas à eux seuls un effet causal chez une personne.
Reste un constat documenté : les expositions se répartissent inégalement. Les personnes les plus défavorisées cumulent davantage de bruit, de pollution, de chaleur et de stress. C'est un constat de recherche, pas un jugement. Il oriente une partie des travaux vers ce que la recherche appelle la justice environnementale.
Ce que les études observent
Que sait-on des effets de tout cela sur la santé ? La réponse mérite trois étages : ce qui est estimé à l'échelle des populations, ce qui est observé par association chez l'humain, et ce qui reste hors de portée.
À l'échelle des populations, la pollution figure parmi les grands facteurs estimés. Des travaux publiés dans The Lancet Planetary Health l'associent à environ neuf millions de décès dans le monde en 2019, soit environ un décès sur six selon ces estimations modélisées (Fuller et coll., 2022). Ces chiffres décrivent des populations, pas un risque individuel. Côté air, l'Organisation mondiale de la santé a révisé en 2021 ses valeurs de référence : des effets sur la santé apparaissent à des concentrations plus basses qu'on ne le pensait.
Chez l'humain, une étude britannique de grande taille a analysé conjointement plusieurs expositions de l’exposome externe (Argentieri et coll., 2025). Elle a porté sur près de 493 000 personnes de la UK Biobank et a associé 25 expositions à la mortalité toutes causes et, dans un sous-groupe d’environ 45 400 personnes, à un indicateur biologique de l’âge construit à partir de marqueurs protéiques. Dans ce modèle statistique, ces expositions expliquaient une part de la variation de la mortalité plus importante que les scores de risque génétiques ; pour d'autres issues, comme certaines démences et certains cancers, le score génétique pesait davantage. Deux précisions s'imposent. La « variance expliquée » est une notion statistique : elle ne dit pas quelle part des maladies est causée par l'environnement. Et cette étude est observationnelle : elle établit des associations, pas des causalités, et elle ne permet pas de prédire le vieillissement d'une personne.
D'autres pistes avancent. Une étude portant sur plus de 1 000 cerveaux issus de dons a observé une association entre un milieu agricole précoce et des lésions cérébrales caractéristiques de la maladie d'Alzheimer, sans pouvoir en établir la cause : l'exposition y était indirecte, un milieu de vie plutôt qu'une substance mesurée (Powell et coll., 2026). En Europe, la cohorte HELIX suit plus de 1 600 couples mère-enfant recrutés pendant la grossesse dans six pays, avec des mesures répétées des expositions et des marqueurs biologiques : ses données ont déjà alimenté plus de cent publications, et la mise à jour de 2026 décrit notamment un suivi à l’adolescence (Montazeri et coll., 2026).
Il faut distinguer les effets de facteurs particuliers et l’étude globale de l’exposome. Des liens causaux sont établis pour certaines expositions, comme le tabagisme ou l’amiante. Cela ne permet pas d’attribuer un pourcentage général de maladies à l’exposome d’une personne. Les études observationnelles présentées ici, même larges, ne démontrent pas à elles seules la causalité de l’ensemble des associations observées.
Des leviers à portée individuelle et collective
Faut-il attendre que la science tranche pour agir ? Non : des repères existent déjà, issus d'organismes publics. Ils décrivent des moyens de réduire certaines expositions, sans promesse de prévention de maladie.
À la maison, la fiche de l'Anses sur la qualité de l'air intérieur rassemble des gestes simples. Aérer au moins dix à quinze minutes par jour, sans obstruer les entrées d'air. Aérer la chambre avant la nuit, et la pièce où l'on nettoie ou bricole pendant l'activité. Éviter cigarettes, bougies et encens, limiter les sprays désodorisants et les produits d'entretien. Refermer les récipients et ranger les produits dans une pièce non occupée. Surveiller l’humidité et rechercher la cause de moisissures persistantes.
Au travail, la prévention des risques chimiques n'est pas une affaire de vigilance individuelle. L'INRS décrit une démarche qui incombe à l'employeur : recenser les produits, analyser les conditions d'exposition, hiérarchiser les risques, puis agir. La priorité est de supprimer le produit chimique dangereux ou de le remplacer par un moins problématique ; à défaut, la protection collective passe avant les protections individuelles, par un captage des émissions à la source ou une ventilation adaptée. Le message vaut d'être retenu : la prévention professionnelle ne repose pas sur la seule vigilance de chacun.
Enfin, certains leviers sont collectifs et le restent. Les valeurs de référence de l'OMS sur l'air, le logement et le bruit servent d'appui aux politiques publiques. Des spécialistes cités par le CNRS appellent à évaluer les substances en mélange plutôt qu'une par une. Et la position sociale conditionnant l'exposition, les travaux qui la prennent en compte rappellent que l'environnement se travaille aussi par l'éducation, le logement et les revenus.
Une dernière précaution pour finir : tous ces gestes dépendent des contraintes de chacun, qu'il s'agisse du logement, du travail ou des revenus. La prudence vaut mieux que la culpabilisation. Les leviers collectifs ne sont pas l'arrière-plan des gestes individuels ; ils en sont l'égal.
À RETENIR
L'exposome désigne l'ensemble des expositions qu'une personne vit tout au long de sa vie, depuis sa conception. Il complète le génome, qui n'en fait pas partie.
Trois composantes le structurent : le cadre de vie, les expositions précises et les réponses de l'organisme.
Il couvre le chimique, le physique, le biologique et le social : air, eau, alimentation, bruit, lumière, stress, conditions de vie.
Le moment de la vie et la durée de l'exposition comptent.
Des études de grande taille associent certaines expositions à la mortalité et à des indicateurs biologiques d'âge. Ces associations observationnelles ne démontrent pas une causalité générale et ne permettent pas de prédire le vieillissement d'une personne.
La « variance expliquée » est une notion statistique : elle ne dit pas quelle part des maladies est causée par l'environnement.
Des leviers existent : aérer et limiter les émissions à la maison, prévention organisée au travail, action collective sur l'air, le bruit et le logement.
Questions fréquentes
L'exposome, est-ce la même chose que la pollution ?
Non. La pollution en fait partie, mais l'exposome est plus large : il inclut aussi l'alimentation, le bruit, la lumière, la chaleur, les agents infectieux, le stress et les conditions sociales. Le mot existe précisément pour ne pas réduire l'environnement aux seuls polluants.
Le génome fait-il partie de l'exposome ?
Non, et c'est une distinction importante. L'exposome a été pensé comme le pendant du génome : les maladies relèvent d'une combinaison de gènes et d'environnement, et les deux se distinguent. Un même facteur environnemental n'a pas le même effet selon les personnes ; cette interaction décrit l'articulation entre gènes et environnement, pas une appartenance.
Peut-on mesurer son propre exposome ?
Pas entièrement, et un bilan individuel complet n'existe pas à ce jour. Un exposome complet reste loin d'être décrit : les milieux à mesurer sont nombreux, les mesures changent avec le temps et des erreurs peuvent sous-estimer des effets. Le concept est un cadre de recherche en construction, pas un bilan individuel à commander.
L'environnement accélère-t-il le vieillissement ?
La formulation est trop directe pour l'état des connaissances. Des études de grande taille associent certaines expositions à la mortalité et à des indicateurs biologiques d'âge, comme une horloge protéomique. Ces associations observationnelles ne démontrent pas une causalité générale, et encore moins un effet propre à une personne donnée. Certaines expositions ont des effets sanitaires établis ; la recherche explore encore leurs interactions et leurs liens avec les différentes dimensions du vieillissement.
Par où commencer pour réduire certaines expositions ?
Par les gestes documentés de l'Anses : aérer chaque jour dix à quinze minutes, éviter bougies et encens, limiter les sprays, aérer pendant le nettoyage et le bricolage, surveiller l'humidité. Au travail, la prévention relève d'abord de l'employeur, selon la démarche de l'INRS. Les choix collectifs, de l’air extérieur au logement, comptent également.
Les contenus de MY-ISEO relèvent de l'information et de la prévention. Ils ne remplacent pas un avis médical, un diagnostic ou un traitement.
Sources pour approfondir
Inserm, « C'est quoi l'exposome ? » : définition grand public et présentation des familles d'expositions.
CNRS Le journal, « The exposome, exposure of a lifetime » : présentation du concept, de sa classification et de ses difficultés de mesure.
Wild C.P., 2005, Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention : article dans lequel le terme est proposé. Le passage retenu s'appuie sur les sources institutionnelles qui le citent ; le texte intégral n'a pas été consulté.
Vermeulen et coll., 2020, Science : le point de rencontre entre chimie et biologie. S'appuie sur le résumé.
Vineis et Barouki, 2022, Environment International : approche parcours de vie et inégalités. S'appuie sur le résumé.
Argentieri et coll., 2025, Nature Medicine : architectures environnementale et génétique du vieillissement et de la mortalité (UK Biobank). Résumé, résultats et limites contrôlés dans la version intégrale déposée sur le portail universitaire Erasmus.
Fuller et coll., 2022, The Lancet Planetary Health : estimation de la charge mondiale de la pollution. S'appuie sur le résumé.
OMS, Lignes directrices mondiales sur la qualité de l'air, 2021.
OMS Europe, Lignes directrices sur le bruit environnemental.
Caporale et coll., 2022, Science : association dans une cohorte humaine et expérimentations sur un mélange de perturbateurs endocriniens. Résumé contrôlé.
Montazeri et coll., 2026, BMJ Open : profil actualisé de la cohorte HELIX ; résumé, résultats acquis et perspectives contrôlés dans le texte intégral.
Powell et coll., 2026, Alzheimer's & Dementia : milieu agricole précoce et neuropathologie. S'appuie sur le résumé.
Gong et Zaninotto, 2025, IJERPH : environnement, parcours de vie et vieillissement.
Anses, « Qualité de l'air intérieur : comment limiter la pollution de l'air dans son logement ? ».




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